Petit Pays

Évoquant le génocide du Rwanda à travers les yeux d’un enfant, Petit Pays est l’adaptation du roman éponyme de Gaël Faye. Le long-métrage, réalisé par Eric Barbier, fait partie de ces films assez délicats à critiquer. Ce n’est en effet pas toujours évident de distinguer le poids du récit et du message qu’ont cherché à transmettre les auteurs, et la manière dont le film est construit. N’ayant pas lu le roman (mais le film est apparemment très fidèle), je me contenterai simplement de donner mon avis sur l’œuvre d’Eric Barbier.

L’histoire se déroule entre 1992 et 1994, au Burundi. On y fait la connaissance de Gabriel, dit Gaby, un garçon de dix ans vivant avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite sœur Ana dans une grande maison. Durant ces années, Gaby va être le témoin des tensions qui vont naître dans son pays et au Rwanda, dans lesquels des coups d’état vont entraîner le génocide des Tutsis par les Hutus.

Aborder une thématique de la sorte depuis le point de vue d’un enfant est un choix intéressant. Cela permet d’insuffler une certaine dose d’innocence au récit, tout en évitant de rendre le contexte très complexe. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à voir un film avec une visée pédagogique sur le génocide car le long-métrage n’explique finalement que très peu les raisons profondes du massacre. D’ailleurs, quand Gabi demande à son père quelle est la différence entre les Tutsis et les Hutus, il lui répond que c’est parce que leurs nez sont différents. Des raccourcis sont donc forcément pris, ce qui ne plaira pas à tout le monde.

De manière générale, il manque au film quelque chose qui lui permettrait de marquer encore plus les esprits. Il y a presque un petit côté malsain à suivre l’histoire de Gaby, puisqu’on ne cesse de se demander comment sa famille sera impactée par la guerre. Alors forcément, le film traite de la question du traumatisme et de la violence, tout en évitant toutefois de l’analyser en détail. C’est peut-être quelque chose qu’on retrouve dans le livre car, en tout cas, dans le film, on ne parvient pas toujours à saisir les ressentis de Gaby.

Le rythme du long-métrage n’est également pas toujours adéquat. Le film approche les deux heures mais la séance semble durer bien plus longtemps. La faute peut-être à une mise en scène plutôt conventionnelle qui a tendance à se répéter et à proposer souvent les mêmes plans. Heureusement, les deux jeunes comédiens qui incarnent Gaby (Djibril Vancoppenolle) et Ana (Dayla De Medina) sont rayonnants et étonnamment très justes, à la différence de certains comédiens, dont le non-professionnalisme est perceptible à l’écran. Jean-Paul Rouve, qui joue le père, livre aussi une solide interprétation, sachant parfaitement se mettre en retrait lorsqu’il le faut.

Loin d’être évident à mettre en images, Petit Pays arrive à nous plonger dans l’horreur, tout en gardant une petite âme d’enfant. Je suppose toutefois qu’il faudra se plonger dans le roman pour saisir encore mieux l’ampleur des conséquences de ce traumatisme sur les personnages.

 

+ : les deux jeunes acteurs

 : le manque de ressenti des personnages

LA scène : lorsque Gaby et Ana sont réveillés par les coups de feu

  • Note : 3 / 5

 

La bande-annonce :

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